juin 2007
Au premier abord, le tableau est sombre. Les échecs dans l’acheminement et la mise en œuvre de l’aide internationale, le lent suicide de l’Etat et de l’administration par le poison de la corruption, le développement effréné de la culture du pavot, la multiplication d’ONG peu fiables, tout cela ne paraît laisser que peu d’espoir en l’émergence d’une économie solide et saine.
Le taux constant sinon croissant des « dégâts collatéraux » dans les opérations de la coalition, les compromissions de celle-ci avec de douteux ou inquiétants chefs de guerre semblent porter la population à entendre, voire approuver le discours de l’opposition radicale incarnée par les Taleban en armes ou les membres de divers partis extrémistes.
Tout cela paraît bien réel mais, pour autant il ne paraît pas conduire à d’inéluctables désastres.
Dire que le pouvoir est abandonné à ceux-là seuls qui en sont avides n’est guère vrai. Si le gouvernement ne parvient pas à acquérir toute l’autorité lui permettant de remplir sa fonction, on ne peut lui dénier toute légitimité.
Les ministères et les administrations centrales à Kaboul semblent avoir gagné ces derniers mois en efficience même si on ne peut en dire autant des instances provinciales ou subalternes. L’armée fait de plus en plus obstacle à la subversion. Le fait qu’elle soit devenue la cible privilégiée des attentats la fait apparaître comme une danger réel pour l’opposition violente.
Par ailleurs cette dernière en multipliant les actions aveugles malhabiles impliquant souvent le suicide de leurs auteurs, accumule elle aussi les « dégâts collatéraux ». La population commence à comprendre que les belligérants se provoquent mutuellement à l’acharnement et qu’elle est la première à en souffrir. Certains signes pourraient montrer qu’elle commence à refuser la logique de guerre. Ainsi a-t-on vu une assemblée de village tenir en échec la tactique aventureuse et destructrice d’un chef taleb. De même ce sont les « Djirgah » traditionnelles qui exigent de la coalition des indemnités pour les « erreurs de tir » et l’assurance que ces évènements sanglants prendraient fin. Il y aurait donc là un certain regain de la force des solidarités face à celle des allégeances.
De son côté, la communauté internationale semble apercevoir les raisons pour lesquelles son aide n’apporte aux populations qu’un bénéfice limité et tente de remédier à cette situation.
L’une des bonnes nouvelles à ce sujet est la décision de porter le NSP, pratique bien inspirée en elle-même du niveau du village à celui de la Manteqa, espace géographique de solidarités naturelles. Si un tel projet était mis en œuvre et portaient tous ses fruits, on pourrait assister à un renforcement exemplaire des communautés de base face à toutes les forces tentant de les assujettir.
Enfin, la confrontation politique légale pourrait avoir quelque chance de l’emporter sur les rapports de force militaires dans la mesure où un parti d’opposition s’est formé récemment avec pour ambition d’influencer à terme la conduite des affaires de l’Etat. Certes, il est dirigé surtout par d’anciens dirigeants persanophones de l’ « alliance du nord » mais il présente un programme cohérent d’amendements à la conciliation concernant l’ensemble du pays.
Enfin, l’équipement de l’Afghanistan en infrastructures notamment routières, se poursuit à un rythme régulier bien que lent aux yeux de certains observateurs.
Bref, dans une situation apparemment sombre les évènements portant à l’espoir existent et ne sont pas négligeables.
Un tel contexte se prête à l’action des ONG qui inlassablement bravent le danger et apportent aux populations l’aide la plus directe possible mais voient avec tristesse s’éloigner le jour où elles deviendraient inutiles. Non sans inquiétude elles appréhendent le moment où leur action serait délibérément ou non paralysé par l’insécurité.
Il leur faut rester strictement fidèles à leur traditionnelle neutralité politique et confessionnelle. Elles ne peuvent cependant que militer pour la paix et pour la dignité des populations qu’elles s’efforcent d’aider.
Pierre Lafrance Juin 2007